Antoine Gonzalez

Non-lieu(2010-2011)

furan dessus dessous (fly)

 

 

 

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FURAN LIBRE!!!!

 Cachons nos tares, nos pensées, camouflons nos douleurs, ensevelissons nos peurs, notre amour, nos esprits incurables d'insincérité, occultons nos mensonges, nos fautes, nos fantasmes, nos masturbations.
Dissimulons nos rêves qui coûtent trop à la réalité pour devenir formels, occultons le désir de nous voir contrôler nos vie selon un libre arbitre devenu chimère. Abandonnons l'espoir et l'utopie, que les propagandes ont transformé en résignations inéluctables.
Virons les pauvres des centres-villes, laissons la misère derrière nos écrans, foutons nos vieux au rebut, comme les ordinateurs et leurs obsolescences programmées.
Enterrons nos déchets, cachons-les dans la boîte au dehors, celle qui se vide tous les matins dans un lieu inconnu. Coulons discrètement nos déjections radioactives au milieu de l'océan et soudoyons même un autre pays pour qu' il s' en débarrasse à notre place.
Montrons la liberté de la main droite, pour mieux bombarder de la gauche, rasons tout et reconstruisons stérilement, au propre, une nouvelle vérité, une page blanche par-dessus les gribouillages.  
Apprenons à nos enfants à garder pour eux leurs opinions politiques, leurs malaises profonds, leurs craintes de l'autre, leurs terreurs. Créons un monde de sans-peurs, d'égocentriques incorruptibles et de guerriers aveugles prêts à l'emploi.
Puis, une fois entrés dans le monde du devoir, d' adultes assujetti à l'unique vérité historique et scientifique, rendons secrets nos savoirs pour mieux les monnayer.
Chions, tirons la chasse et surtout ne nous retournons pas, ne regardons pas la vérité en face, enterrons nos responsabilités, nos promesses, nos méfaits, notre dénaturation extrême et planquons nos aspérités disgracieuses derrière un dogme anti-acnéique.

A Saint-Étienne, c'est la nature que l'on a détourné du regard, la rivière est le témoin encombrant de nos crimes qu'il a fallu supprimer. Une preuve est là, sous nos pieds de citadins ignorants. Un torrent de merde sous-terrain, puant pourtant moins que la surface.
Certes, dans beaucoup de villes, des rivières furent couvertes, mais ici, cette artère silencieuse n'est autre que la raison principale de notre présence dans cette cité, la raison même de la vie en ces lieux. Quand on en vient à supprimer le sein qui nous a nourri, ne devient-on pas inhumain?
Sanctus Stephanus de Furano  était son nom, digne et juste, il fût changé pour oublier.
Oublier ce que fût une ville pour la remplacer par une autre, plus « moderne », c'est une exécution sommaire. La rivière fût assassinée et recouverte par le mensonge, comme le type qu'on butte et qu'on enterre comme une merde dans la forêt, parce qu'il en sait trop. 
Comme une merde? Mais on n'enterre pas la merde!
Elle suit juste le parcours secret qui va du trou du cul jusqu'au-delà de nos blanches faïences javellisées, dans un abîme sans fond via un réseau tentaculaire parcourant  nos sols jusqu’on ne sait où. Le chat, lui, va enterrer ses étrons et même y mettre le nez, pour voir si le boulot est bien fait,
n'est-ce pas plus honnête?
Alors que la merde est faite pour rester sur terre et permettre à son tour à la vie de renaître, l'Homme à la pudeur devenue maladive, s'en débarrasse et la soustrait au regard dans les bas-fonds ignorés.
Peut-être faut-il apprendre à aimer sa crasse, sa chiasse, les copeaux de l'existence, pour pouvoir les yeux fermés, entrevoir la valeur du réel.
Camoufler ses chiures c'est le premier mensonge, une des plus grandes tares de l'Homme.

« Là où ça sent la merde, ça sent l' être »( A.Artaud).


Antoine Gonzalez. 4 Octobre 2011